Ion Aprodu est un artiste qui s’est longtemps ignoré. Doué d’un fort instinct créatif, il est attiré par l’émergence à l’état brut: il fait des photos aux cadrages très personnels à travers le téléobjectif de son appareil Canon ou de son téléphone portable avec lesquels il capte l’insolite sous un angle nouveau. Il s’est mis à peindre, soudainement comme on prend une nouvelle respiration, avec des pots de peintures et des tubes de couleurs dénichés dans un atelier sur des supports aussi différents que des plaques de polystyrène des planches de contreplaqué ou de simples cartons. Puis il s’est mis à inventer ou ré-inventer, plus ou moins consciemment des formes, des couleurs avec une écriture picturale dont les techniques et les gestes l’associent à la mémoire collective de la peinture contemporaine, dont pourtant, il ne connaît rien.
Son expressionnisme instinctif relève à la fois de l’art brut, du street art, du pop art et de bien d’autres « écoles d’abstraction lyrique, de signes et de traces »» qu’il n’a pourtant jamais fréquentées puisqu’il a quitté sa Roumanie natale à la suite d’une grave blessure lors d’un match de football professionnel qui l’a empêché de suivre la seule carrière qui le faisait rêver alors, celle de footballeur international.
Ion Aprodu est bien un créateur protéiforme qui s’inscrit dans l’esprit de notre époque avec audace et insouciance mais aussi une absence totale de quelque prétention que ce soit, en exprimant d’une manière à la fois éclectique et naïve ce qu’il ressent, au point que la directrice anglaise d’une galerie d’art contemporain Londonienne rencontrée chez des amis lors d’un voyage au Portugal lui a dit « pour une galeriste, rencontrer un tel talent  » brut » était un vrai délice, rarement vu en trente ans de carrière ».

Marie-Christine Vandoorne

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