Mohamed DRISSI

L’oeuvre de Mohamed Drissi ne s’explique et ne s’éclaire que par sa vie. Vie ardente, confuse, tumultueuse, compliquée. Curieux de tout, il lui faut toujours une passion pour motiver et situer son oeuvre, car oeuvrer pour oeuvrer lui est chose inconnue. Ce n’est pas le paraître que ses yeux en perpétuel mouvement recherchent mais l’être. Ce n’est pas la forme vulgaire des choses que ses mains façonnent, mais leur « moi » le plus profond. Cette avidité est sa morale.
La rudesse de la région nord du Maroc dont il est originaire lui a révélé la beauté de la vérité et pour l’atteindre Drissi n’a qu’un moyen :dessiner, peindre, sculpter. J’entends par là s’exprimer par signes, s’exprimer par des moyens plastiques, se manifester en communiquant ce qu’a enregistré son regard et s’est réfléchi dans son cerveau. La manière de le faire compte peu.
La vie de Drissi est un songe, un poème toujours ébauché, jamais réalisé. Il en cherche la solution dans l’amitié, L’action, les voyages toujours au-delà de lui-même. Un passionné, « un curieux de tout, un reteneur de rien.
Une sorte de farouche pudeur l’habite : s’obligeant à paraître méchant pour qu’on ne le dise bon.
Esprit au coeur rare, il s’astreint à n’élire que des amitiés des amours, des admirations de choix. Il lui semble qu’on se prostitue et que l’on compromet son oeuvre à des accoutumances vulgaires.
Voilà son caractère.
Un tel homme, lorsqu’il se laisse aller, doit pouvoir déverser des trésors de sentiments torrentueux: mais se laisse-t-il aller ? Le papier, la toile ou la matière sont les récipients pour recevoir ses élucubrations plastiques.
Je crois que sa façon de voir la vie est distincte de la nôtre, tout en ayant le mérite de n’en pas différer entièrement. Il sait voir en nous et en soi-même; il voit ce fond de la réalité la plus grossière sous l’angle d’un Lyrisme qui lui est naturel et découvre facilement la part de vérité et la part de fiction dans toute apparence. Dans son travail d’artiste il recherche toujours la spontanéité; il est étranger à la préméditation, base et raison d’être du peintre académique.
Comme la sculpture primitive qui est l’expression de la primauté d’une manière riche en pouvoir, et en rythmes, le travail de Drissi en peinture, gravure ou sculpture, est monolithique.
Le carré de papier ou de toile est toujours envahi par le sujet, chaque portion renvoie à la partie voisine et non au bout.
Mohamed Drissi évolue loin des modes et des tapages, son art est une nécessité.
Il définit lui-même son travail comme expressionniste et prétend qu’un dicton marocain dit:  » Montre moi tes mains, je te dirai comment tu es ». Il l’a probablement inventé mais il est vrai que les mains, les pieds et les yeux sont les reflets de l’âme, de la force intérieur des êtres. Ces formes sont omniprésentes dans l’oeuvre de Drissi. Non pas déformées de manière grotesque mais grossies par le prisme de la vision de l’artiste qui nous emmène au-delà du paraître, au plus profond du Moi universel. »

Extrait de  » Mohamed Drissi, L’artiste en quelque mots »
Michel LISBONIS

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